Schubert, Sonate D.958, Amy Lin.
« Il fut un temps où je ne pouvais parler de Schubert qu'à mon corps défendant, où je ne contais mes sentiments sur lui que la nuit, aux arbres et aux étoiles. » Robert Schumann, dans son article sur les dernières œuvres de Schubert.
J'aime particulièrement cette citation. Je peux mettre des mots pour exprimer ma passion pour Schumann, j'arrive à nommer ce que je ressens. De l'excitation, le cœur qui s'emballe, de la passion.. Mais pour Schubert, c'est plus délicat. Impossible même. Lorsque j'écoute Schubert (enfin, sa musique...) je me sens instable. Pas mal, pas bien, mais étrange. A le jouer, impression que ma vie en dépend. Il s'empare complètement de mon esprit, à chaque séance au piano, le temps s'arrête.
Parmi toutes les œuvres de Schubert, il y en a une que je n'ai jamais réussi à écouter jusqu'au bout. Par peur peut-être. La Sonate en Do mineur, D.958. Aujourd'hui, c'est chose faite.
Et je suis toujours là !
Pas par Brendel, ni Kempff, dont les intégrales trainent pourtant en permanence dans ma voiture.
J'ai en effet reçu deux disques cette semaine d'Amy Lin, Schumann/Debussy, et Schubert. Avec une grande appréhension je démarre la lecture de la sonate. Je ne me laisse pas le choix, j'écoute.
Je suis beaucoup aidée par cette interprétation ! Tout est clair, précis, beaucoup de finesse, sans emphase, yes !!!
Ils sont terribles les premiers accords de la sonate. Bien souvent, ils nous enterrent déjà ! Mais là, non !!! Plantons le décor, oui, je suis encore éveillée, prête ! Ecoutons la suite. Un premier mouvement qui nous tient en haleine. Envie de connaître le second mouvement.
Second mouvement. Toujours difficile d'écouter un mouvement lent de Schubert, car j'ai l'impression d'une intrusion, dans un moment entre l'interprète et le compositeur. Mais heureusement, dans mon écoute, l'interprète semble garder les pieds sur Terre. Un beau moment de plénitude. Et je rêve ou bien il y a une citation de l'Ave Maria ?
Troisième mouvement, Menuetto. Plutôt instable pour un Menuetto ! Un scherzo ? Enoncé ici avec efficacité, sans précipitation, pas besoin d'en rajouter, le message est clair !
J'arrive au dernier moment. J'imagine Schumann très honoré de la dédicace que lui a fait l'éditeur avec ces trois dernières sonates. Il y a certains mouvements de Schubert qui me semblent très Hoffmanniens. (Citons le dernier impromptu op.142 - Etrange, je nomme toujours les sonates en D. et les impromptus en Op. -). Celui-ci en fait partie. N'est-ce pas Schumann qui parlait également des longueurs exquises de Schubert ? Je suis ici heureuse d'avoir dans ma chaine une interprétation qui est non seulement très convaincante à l'intérieur de chaque mouvement, mais qui arrive aussi à me tenir en attente. Cette sonate (effrayante toujours), je l'ai vécue ici comme la lecture d'un roman. Lu très clairement et de manière efficace. Avec l'envie d'écouter ce qu'il se passe ensuite.
C'est avec enthousiasme que je vous invite à écouter cette artiste.
Eusebius comblé.
Visitez : Amy Lin
Amy Lin est originaire de Taiwan où elle commence à étudier le piano à l'âge de cinq ans, instrument pour lequel elle gardera une passion indéfectible. Adolescente, elle émigre avec sa famille aux Etats-Unis et entre au Conservatoire de Peabody à Baltimore où elle travaille intensément avec Leon Fleisher pendant dix années. Elle y obtient un Master de piano ainsi que l'Artist Diploma, diplôme le plus prestigieux délivré par ce conservatoire. Désireuse d'élargir sa connaissance de la culture européenne, en particulier pour mieux comprendre la tradition musicale germanique, Amy Lin passe deux années à Munich où elle obtient le Meisterclassendiplom de la Hochschule für Musik en travaillant avec Gerhard Oppitz.
Amy Lin a également bénéficié des conseils précieux de plusieurs pianistes renommés comme Leonard Shure, Fou Ts'ong, et Krystian Zimerman.
Amy Lin s'est produite dans de nombreux pays depuis ses débuts en 1981 au Kennedy Center (Washington DC) avec l'Orchestre Symphonique National sous la direction de Hugh Wolff. Sa carrière internationale l'a amenée à donner des récitals ainsi que des concerts de soliste avec orchestres en Allemagne, en Suisse, en France, en Belgique, en Lettonie, au Japon, à Taiwan, en Nouvelle-Calédonie, au Brésil et aux Etats-Unis. Le répertoire d'Amy Lin est très important et riche. Elle excelle en particulier dans l'interprétation des oeuvres de la tradition viennoise de Schubert, Beethoven et Mozart. Depuis quelques années, elle s'intéresse au répertoire chinois contemporain. Elle entretient d'ailleurs des relations amicales avec les compositeurs dont elle interprète les oeuvres.
Amy Lin est passionnée autant pour l'enseignement que pour ses tournées de concertiste. Elle est professeur de piano au Conservatoire de Strasbourg où elle partage sa passion de la musique avec ses étudiants. Ses élèves ont par exemple présenté des oeuvres dans leur intégralité: celles de Schoenberg, le Clavier Bien Tempéré de Bach, les Vingt Regards de l'Enfant-Jésus de Messiaen, les Etudes et les Préludes de Debussy, les Etudes et Valses de Chopin.









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