Accueil Date de création : 03/02/08 Dernière mise à jour : 29/11/11 12:20 / 59 articles publiés

Amy Lin, Schubert : D.958  (Artistes) posté le dimanche 24 avril 2011 09:51

 

Schubert, Sonate D.958, Amy Lin.

« Il fut un temps où je ne pouvais parler de Schubert qu'à mon corps défendant, où je ne contais mes sentiments sur lui que la nuit, aux arbres et aux étoiles. » Robert Schumann, dans son article sur les dernières œuvres de Schubert.

J'aime particulièrement cette citation. Je peux mettre des mots pour exprimer ma passion pour Schumann, j'arrive à nommer ce que je ressens. De l'excitation, le cœur qui s'emballe, de la passion.. Mais pour Schubert, c'est plus délicat. Impossible même. Lorsque j'écoute Schubert (enfin, sa musique...) je me sens instable. Pas mal, pas bien, mais étrange. A le jouer,  impression que ma vie en dépend. Il s'empare complètement de mon esprit, à  chaque séance au piano, le temps s'arrête.

Parmi toutes les œuvres de Schubert, il y en a une que je n'ai jamais réussi à écouter jusqu'au bout. Par peur peut-être. La Sonate en Do mineur, D.958. Aujourd'hui, c'est chose faite.

Et je suis toujours là !

Pas par Brendel, ni Kempff, dont les intégrales trainent pourtant en permanence dans ma voiture.

J'ai en effet reçu deux disques cette semaine d'Amy Lin, Schumann/Debussy, et Schubert. Avec une grande appréhension je démarre la lecture de  la sonate. Je ne me laisse pas le choix, j'écoute.

Je suis beaucoup aidée par cette interprétation ! Tout est clair, précis, beaucoup de finesse, sans emphase, yes !!!

Ils sont terribles les premiers accords de la sonate. Bien souvent, ils nous enterrent déjà ! Mais là, non !!! Plantons le décor, oui, je suis encore éveillée, prête ! Ecoutons la suite. Un premier mouvement qui nous tient en haleine. Envie de connaître le second mouvement.

Second mouvement. Toujours difficile d'écouter un mouvement lent de Schubert, car j'ai l'impression d'une intrusion, dans un moment entre l'interprète et le compositeur. Mais heureusement, dans mon écoute, l'interprète semble garder les pieds sur Terre. Un beau moment de plénitude. Et je rêve ou bien il y a une citation de l'Ave Maria ?

Troisième mouvement,  Menuetto. Plutôt instable pour un Menuetto ! Un scherzo ? Enoncé ici avec efficacité, sans précipitation, pas besoin d'en rajouter, le message est clair !

J'arrive au dernier moment. J'imagine Schumann très honoré de la dédicace que lui a fait l'éditeur avec ces trois dernières sonates. Il y a certains mouvements de Schubert qui me semblent très Hoffmanniens. (Citons le dernier impromptu op.142 - Etrange, je nomme toujours les sonates en D. et les impromptus en Op. -). Celui-ci en fait partie. N'est-ce pas Schumann qui parlait également des longueurs exquises de Schubert ?  Je suis ici heureuse d'avoir dans ma chaine une interprétation qui est non seulement très convaincante à l'intérieur de chaque mouvement, mais qui arrive aussi à me tenir en attente. Cette sonate (effrayante toujours), je l'ai vécue ici comme la lecture d'un roman. Lu très  clairement et de manière efficace. Avec l'envie d'écouter ce qu'il se passe ensuite.


C'est avec enthousiasme que je vous invite à écouter cette artiste.


Eusebius comblé. 

 

 

Visitez :  Amy Lin

 

Amy Lin est originaire de Taiwan où elle commence à étudier le piano à l'âge de cinq ans, instrument pour lequel elle gardera une passion indéfectible. Adolescente, elle émigre avec sa famille aux Etats-Unis et entre au Conservatoire de Peabody à Baltimore où elle travaille intensément avec Leon Fleisher pendant dix années. Elle y obtient un Master de piano ainsi que l'Artist Diploma, diplôme le plus prestigieux délivré par ce conservatoire. Désireuse d'élargir sa connaissance de la culture européenne, en particulier pour mieux comprendre la tradition musicale germanique, Amy Lin passe deux années à Munich où elle obtient le Meisterclassendiplom de la Hochschule für Musik en travaillant avec Gerhard Oppitz.

Amy Lin a également bénéficié des conseils précieux de plusieurs pianistes renommés comme Leonard Shure, Fou Ts'ong, et Krystian Zimerman.

Amy Lin s'est produite dans de nombreux pays depuis ses débuts en 1981 au Kennedy Center (Washington DC) avec l'Orchestre Symphonique National sous la direction de Hugh Wolff. Sa carrière internationale l'a amenée à donner des récitals ainsi que des concerts de soliste avec orchestres en Allemagne, en Suisse, en France, en Belgique, en Lettonie, au Japon, à Taiwan, en Nouvelle-Calédonie, au Brésil et aux Etats-Unis. Le répertoire d'Amy Lin est très important et riche. Elle excelle en particulier dans l'interprétation des oeuvres de la tradition viennoise de Schubert, Beethoven et Mozart. Depuis quelques années, elle s'intéresse au répertoire chinois contemporain. Elle entretient d'ailleurs des relations amicales avec les compositeurs dont elle interprète les oeuvres.

Amy Lin est passionnée autant pour l'enseignement que pour ses tournées de concertiste. Elle est professeur de piano au Conservatoire de Strasbourg où elle partage sa passion de la musique avec ses étudiants. Ses élèves ont par exemple présenté des oeuvres dans leur intégralité: celles de Schoenberg, le Clavier Bien Tempéré de Bach, les Vingt Regards de l'Enfant-Jésus de Messiaen, les Etudes et les Préludes de Debussy, les Etudes et Valses de Chopin.

 


 

 

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Carnaval !  (Eusebius) posté le dimanche 30 janvier 2011 18:43

Voici un petit texte que j'ai écrit pour la chronique de 8h40 le samedi matin, et lu ce samedi 29 janvier par Dominique Boutel.

"Schumann ne fait entendre pleinement sa musique qu'à celui qui la joue, même mal. [... ] C'est que la musique de Schumann va bien plus loin que l'oreille ; elle va dans le corps, dans les muscles, par les coups de son rythme, et comme dans les viscères, par la volupté de son melos : on dirait qu'à chaque fois, le morceau n'a été écrit que pour une personne, celle qui le joue : le vrai pianiste schumannien, c'est moi." Écrivait Roland Barthes.

L'histoire commence alors que j'étais  adolescente. J'étais déjà plus âgée que Clara. Un téléfilm est diffusé : Robert et Clara. Tiens, ça parle de musique... Je programme le magnéto. C'est  que je dois me coucher tôt, demain, il y a école. Quelques jours plus tard, je regarde la cassette. Une petite fille joue Mozart. Un jeune homme la regarde, tombe sous le charme, et se rapproche d'elle en devenant l'élève de son père...  le redoutable Fréderic Wieck. Les années passent, Clara devient une jeune femme que Robert chérit. Furieux, le père Wieck sépare les amoureux ! Alors Ernestine, peut-être, pourra soulager le cœur malade de Robert ? Il lui dédie un joli morceau de piano. Carnaval. Mais non. Robert est malheureux, et ne pense qu'à Clara. Et d'ailleurs, Carnaval n'est pas pour Ernestine, il est pour Clara ! C'est décidé, ils se marieront, que le paternel soit d'accord ou non ! Et, après une lutte acharnée, l'amour triomphe. Robert et Clara se marient.

Je devais avoir 13, 14 ans lorsque je découvris cette histoire. Comment ne pas tomber sous le charme! Le film passait en boucle dans le magnéto. Toutes les musiques que j'entendais, peu à peu prenaient des noms ; « fantaisie en do mineur » de Mozart, Sonates « appassionata » et «  clair de lune » de Beethoven, « papillons »... Et, CARNAVAL. Internet n'existait pas. Je lisais tous les jours  l'article « Robert Schumann » du petit Larousse.

J'étais lycéenne lorsque l'hypermarché du coin propose un coffret de disques, « les trésors du classique ». Maman me l'achète. Quel choc ! Le Carnaval y est ! Le disque passe en boucle, la VHS tourne à nouveau dans le magnéto. Et le piège se referme sur moi lorsqu'à un examen de piano, « Chopin », extrait du Carnaval m'est imposé. Je suis heureuse... tout simplement. Je prépare Schumann, je rêve Schumann, je pense Schumann, il n'y a que lui. Le Carnaval sera ma première « vraie partition ». Je découvre ensuite l'Arabesque. Puis encore Carnaval.

La lycéenne entre ensuite  la fac,  en « musico ». L'histoire et l'analyse de la musique Romantique, c'est en 2eme année, il va falloir patienter. En attendant, je me nourris à la bibliothèque, et dévore tout, ce qui de près ou de loin concerne Robert. (Oui, maintenant, je l'appelle par son prénom). Il admirait Schubert ? D'accord, j'aime Schubert ! Et il découvre Brahms ? Alors à moi les intermezzi !

Enfin, l'étudiante prend son envol. Je suis maintenant libre. Libre d'écouter, lire, déchiffrer Robert.  Je dis déchiffrer ? Non, je devrais dire « jouer ». Oui, car « le vrai pianiste schumannien, c'est Moi »..... Ecrivait Roland Barthes.


 

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Raymond Trouard  (Artistes) posté le mardi 28 décembre 2010 16:17

(Bénédiction de Dieu dans la solitude, parce que je m'en veux de ne pas avoir connu ça plus tôt... merci !)

 

 

Mes promenades quotidiennes sur Youtube me mènent souvent sur la chaine de PhilippeLoTheEternal (que je vous recommande d'ailleurs !). C'est ici que j'ai « rencontré », si on peut dire Raymond Trouard. Comme très souvent, cette promenade s'est achevée chez Amazon, et 3 semaines plus tard, mon coffret Raymond Trouard, une vie pour le piano arrivait.

 

Raymond Trouard est un pianiste Français, né en 1916 et décédé le 17 décembre 2008. Il fut élève, puis professeur au conservatoire de Paris, et est surtout connu actuellement pour avoir été l'élève d'Emil  von Sauer, lui-même élève de Liszt.

 

Voici pour les présentations d'usage.

 

 

C'est dans Liszt que j'ai découvert Raymond Trouard. Le prélude et fugue en la mineur de Bach transcrit par Liszt, que je travaillais alors, me sembla une évidence. (A mais c'est ça ! il fallait le dire plus tôt !) De belles phrases bien construites, un son superbe, très droit, pas trop de sentimentalisme (je progresse, il y a quelques temps j'aurais utilisé un autre mot), juste ce qu'il faut, le parfait dosage ... il m'a semblé être un pianiste plutôt intelligent et humble...... bref...  j'ai acheté...

Et mes coups de cœur musicaux sont bien rares, hélas, il fallait donc que je le partage.

Raymond Trouard est par ailleurs contemporain d'Yves Nat, un autre pianiste que j'apprécie énormément (normal, répertoire de musique germanique). Ils se sont connus, ont fréquenté les mêmes couloirs.

La réception du coffret ne fut pas sans surprises.

D'abord le bonheur de découvrir plus longuement cet immense artiste trop méconnu sur ma chaine. Le plaisir d'écouter le son du piano Pleyel sur lequel furent enregistrées la majorité de ses disques.

Grande excitation à la lecture du livret, dans lequel le pianiste raconte son parcours. Passionnant à lire. Ci-dessous, je partage avec vous quelques passages marquants. Il y décrit le Paris musical de son enfance, de son adolescence, et toutes les rencontres que cet Homme du siècle a pu faire. Une immense artiste qui s'est construit par ses relations : Marcel Jaquinot  (^_^) le présenta à Morpain lui-même élève de Fauré), puis il rencontra donc dans son parcours Yves Nat, Emil Von Sauer comme je l'ai déjà dit, mais il bénéficia aussi des conseils entre autres de Ravel, Rachmaninov, Staub, Dupré, Dukas, Bruno Walter, il rencontra Richard Strauss, Toscanini, pour ne citer que « quelques personnes ». Il fut aussi un ami de Kempff (tiens, tiens !).

Dans le livret, il se rappelle un de ses premiers chocs musicaux, un récital de Paderewski qui donnait quelques valses de Chopin. Raymond Trouard se souvint qu'il pensait « Eh bien, c'est drôlement mieux que moi ! ».

 

 

Il nous livre aussi ce que lui évoquent ses collègues : son admiration pour son ami Kempff, « Kempff était très complet, c'était un profond musicien qui s'exprimait par la voie du piano. Je ne pense pas qu'on puisse égaler son interprétation des sonates pour violoncelle de Beethoven avec Pierre Fournier. », pour les couleurs  et les plans sonores de Gieseking dans Debussy, la vivacité de Alicia de Larrocha. Au sujet de Rachmaninov, nous  pouvons lire « Rachmaninov me faisait le même effet que Clara Haskil dans les variations Abegg : lorsqu'elles sont jouées par d'autres, quels qu'ils soient, j'ai moins le sentiment qu'elles existent". Par contre, il ne partageait pas des choix de Gould : « Personnellement, je ne me situe pas du côté pianistique de Glenn Gould, qui est un artiste d'intérêt, mais dont je n'approuve pas les interprétations de Bach. Je n'aime pas le staccato. Cette facilité n'exige pas une technique sonore développée. »

 

Il parle également de l'enseignement du piano. « J'ai toujours pensé que l'enseignement était plus qu'une transmission : c'est une transfusion sanguine ». Tout simplement passionnant. Sur l'étude de l'instrument et d'un morceau, sur la technique des rythmes variés (une perte de temps à son avis), sur les progressions métronomiques qu'il préconisait.  « La raison d'être d'une technique, c'est de vous libérer. Faire de la musique, c'est rendre imperceptible les efforts musculaires sous-jacents. Si l'exécution sent encore le labeur, c'est que vous n'êtes pas prêt ».  « Ne jamais jouer bêtement, mais en veillant toujours à ce que les idées musicales soient bien en place et correctement réalisées, même dans une relative lenteur. »

 

Enfin, Raymond Trouard nous parle de la « nouvelle génération » (propos recueillis en 2008). Et ses impressions son les mêmes que celles que pouvait avoir André Gide 60 ans plus tôt. Les mêmes aussi que Clara Schumann au sujet de certains musiciens 150 ans plus tôt. Les problèmes sont toujours les mêmes, on a toujours l'impression que les jeunes jouent de plus en plus vite, que c'était mieux « avant ». « On cherche dans la musique ce qu'elle ne contient pas, on s'efforce de lui extorquer des aveux, de la contraindre à reconnaitre des crimes qu'elle n' pas commis. Le jeu des pianistes actuels s'encombre parfois de maniérismes et d'effets gratuits, de trouvailles arbitraires en tous genres. Ceux-ci jouent aussi trop vite, la plupart du temps (c'est donc qu'ils n'ont rien à dire). [...] j'appelle cela les ravages de la sentimentalité. [...] La musique est bien au-delà de cela. Il faut renoncer à la musique, si on ne la porte pas en soi, si l'on n'en ressent pas l'impérieuse nécessité intérieure. Elle se refuse à vous tant que vous n'aurez pas approché le chant, dans sa beauté simple et pure. » Et au sujet de la partition : « Le respect de la place des temps faibles et forts, le respect des valeurs rythmiques, des nuances, des accents, des silences, de la construction et du déroulement du flot musical doit avoir quelque chose de sacré. Chopin a pris la peine de consigner clairement ces paramètres sur la partition : le premier des devoirs pianistiques nous commande, à mon humble avis, d'en prendre conscience et de les assimiler. Seulement... Elle coûte cher, cette discipline là. C'est une grande mission, que d'être au service de la Beauté. »

 

Bravo pour la réédition de ces enregistrements (quoi qu'ils auraient pu soigner un peu plus l'ensemble...). Mais je me demande toujours pourquoi tel artiste reste dans les mémoires, et tel autre s'évapore.


 


 

 

 


 

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André Gide, Notes sur Chopin.  (Textes sur la musique et les compositeurs) posté le samedi 04 décembre 2010 11:06

 

Au sujet du troisième Scherzo de Chopin.

Je renonce à découvrir l'avantage que trouvent les virtuoses à jouer presto la pluie des croches interrompant, à intervalles réguliers, le grave et mystérieux choral du milieu du troisième scherzo. Ce trait doit être joué dans le rythme exact du tempo adopté pour ce choral, partant au second temps ainsi qu'il est écrit ;  non en retard et comme déclenché brusquement par un ressort. C'est une pluie molle et tiède, où puisse rire un arc en ciel. Joué sans précipitation.

 

Précisément pour pouvoir maintenir parmi ces croches le tempo du choral, il est bon de ne pas prendre celui-ci sur un mouvement trop lent. Rien n'est plus exécrable que cette coutume de ralentir d'autant plus les lento que l'on se propose de presser d'autant le vivace - par une sorte de compensation - ou plutôt par recherche d'un effet qui n'a rien de commun avec l'art. Dans le passage en question, le pianiste qui joue trop vite le trait en croches est celui précisément qui joue trop lentement le choral - pour l'effet. Aucun changement de vitesse, de l'un à l'autre, n'est admissible. Ces gens là sont des forcenés.

 

Le bicentenaire de la naissance de Chopin nous a comblés de tout un lot de nouveautés ou rééditions. Parmi  celles-ci, les Notes sur Chopin d'André est une heureuse surprise. Je ne connaissais pas Gide en tant que musicologue averti, pianiste et amoureux de Chopin. Tout au long de ces pages, publiées  à l'origine dans la Revue Musicale en 1931, l'auteur nous révèle Chopin tel  qu'il le conçoit. Un Chopin plus intime. Il blâme le virtuose, qui donne une image erronée de l'œuvre de Chopin. Il faut revenir aux sources, relire la partition telle qu'elle est écrite. Il s'interroge sur le rapprochement Baudelaire / Chopin. Dans sa jeunesse, Baudelaire était catalogué « infréquentable », tout comme Chopin. Pourquoi ? Peut-être en raison de leur perfection, qui peut effrayer, déchainer les passions... Il  argumente en opposant Chopin aux autres musiciens de son temps. A Schumann par exemple, qui affectionnait également beaucoup. Pourtant, il trouvait sa musique un peu plus vulgaire. Car si Schumann était un poète (comme on l'entend toujours souvent), Chopin, lui, était tout simplement un artiste.

 

 

Je vous joins cet enregistrement de Arrau, qui  est à mon avis celui qui se rapproche le plus de cette pensée gidienne.

 

Et je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager  cet autre extrait, qui aurait pu être rédigé en 2010 :

 

En général, pour la musique de Chopin, mais pourquoi ne pas le dire dès à présent, puisque nulle part cela n'est plus applicable qu'à ce court morceau (le premier prélude), l'exécutant « adopte » un mouvement trop rapide (ici trop rapide de moitié). Pourquoi ? Peut-être parce que la musique de Chopin n'est en elle-même pas assez difficile, et que le pianiste tient à se faire valoir  (comme s'il était beaucoup plus difficile, lorsqu'on atteint une certaine maîtrise, de jouer vite que de jouer lentement). Par tradition surtout. L'exécutant qui, enfin, pour la première fois oserait (car il faut un certain courage) jouer la musique de Chopin sur le tempo qui lui convient, c'est-à-dire beaucoup plus lentement que l'on a coutume, la ferait pour la première fois vraiment comprendre, et d'une manière susceptible de plonger son public dans une extase émue : celle que Chopin mérite d'obtenir. Tel qu'on le joue d'ordinaire, tel que tous les virtuoses le jouent, il n'en reste à peu près plus rien que l'effet. Tout le reste est imperceptible, qui précisément importe surtout : le secret même d'une œuvre où aucune note n'est négligeable, où n'entre aucune rhétorique, aucune redondance, où rien n'est de simple remplissage, ainsi qu'il advient si souvent dans la musique de tant d'autres compositeurs, et je parle même des plus grands. 

 


 

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Nodame Cantabile  (Humour) posté le dimanche 07 février 2010 12:37

Blog de eusebius :Eusebius, Nodame Cantabile

En mars sortira le huitième volume français de la série Nodame Cantabile.

Nodame Cantabile, c'est un shojo (manga pour jeunes filles) complètement déjanté en 23 volumes, qui a été adapté par la suite en anime, puis en drama.

 

L'histoire d'étudiants en musique à l'université de Momogaoka..

L'héroïne, Megumi Noda, est étudiante en deuxième année de piano chez Hajime Tanioka, le professeur des ratés, au début de la série. Elle est disons-le très bordélique, et bien qu'étant étudiante en musique, rêve de devenir institutrice à la maternelle. Elle est la voisine de Shin'ichi Chiaki, en troisième année de piano chez Kozo Eto, le professeur des élites. Chiaki est tout le contraire de Nodame. Fils d'un pianiste célèbre, il est bosseur, et extrèmement ordonné. Maniaque. La situation de son père a permis à Chiaki de se balader dans tout l'Europe enfant, et de nouer des relations avec Sevastiano Viera, chef d'orchestre de renommée internationale. Depuis, il rêve de devenir chef d'orchestre, et d'aller retrouver son maître en Europe, mais sa phobie des moyens de transports le retient au Japon. Il va cependant se rapprocher du chef d'orchestre Allemand  Franz von Stresemann (Qui s'est fait appeler Milch Holstein lors de sa première apparition !), venu enseigner à l'université, qui va lui permettre d'accéder à son rêve et diriger un orchestre.

 

Tout oppose nos deux personnages principaux, mais, comme dans tout shojo digne de ce nom, on va voir leur relation évoluer.

 

Après avoir dirigé un orchestre, Chiaki en créera un, avec des talents prometteurs rencontrés lors d'un festival d'été. Nodame sera repérée par Kozo Eto, le professeur des élites qui la prendra pour élève, la poussera à se présenter à des concours après avoir conclu un marché surprenant...

Les caractères marqués des personnages les rendent très attachants.

Nodame la bordélique intuitive totalement amoureuse de Chiaki, Chiaki l'excellent musicien prétentieux,Miné le violoniste intuitif rockeur, Masumi le percussionniste excentrique...

 

Au delà de cette histoire, ce manga apporte une vision rafraichissante de la musique classique, populaire au Japon, un peu ringarde en France. Les scènes musicales sont tantôt sérieux, tantôt humoristiques. Mais toujours traités avec un réalisme surprenant.

Le musicien appréciera la justesse des propos musicaux, l'usage du vocabulaire musical, toujours expliqué dans un lexique. Les nombreux extraits de partitions figurant dans le recueil (avec les vraies notes !)

 

La version Anime (dont les deux premières saisons sont visibles sur Dailymotion) propose un plus, elle permet d'entendre les oeuvres jouées par les protagonistes.

La première saison de l'anime reprend l'histoire du manga.

La deuxième saison se passe à Paris. Chiaki et Nodame sont étudiants au CNSM. (très drôle de voir comment les Japonais imaginent la France). La troisième saison est diffusée depuis 15 jours au Japon si tout va bien...

 

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